Qu’est-ce que l’anamnèse en ostéopathie ?
L’anamnèse est le recueil structuré de l’histoire du patient et de sa demande, avant l’examen. Elle répond à trois questions : pourquoi la personne consulte, dans quel contexte la plainte est apparue et a évolué, et si quelque chose dans ce qu’elle décrit relève d’abord d’un médecin.
Cette dernière question n’est pas qu’une précaution. Le décret n° 2007-435 (nouvel onglet) limite l’intervention de l’ostéopathe aux troubles fonctionnels, exclut les situations où les symptômes justifient des examens paracliniques (article 1) et impose d’orienter le patient vers un médecin lorsque les symptômes le nécessitent, persistent ou s’aggravent (article 2). Une anamnèse bien menée, et bien notée, est la trace de ce discernement.
Quelles rubriques dans une trame d’anamnèse complète ?
Une trame n’est pas un questionnaire à dérouler mot à mot : c’est une liste de rubriques qui garantit que rien d’important n’est oublié, et que chaque information se retrouve au même endroit d’une séance à l’autre.
1. Identité et contexte
Âge, profession et poste de travail, latéralité, activité physique, situation familiale, médecin traitant (utile pour un courrier), et comment le patient a connu le cabinet. Ces éléments changent rarement : ils se tiennent au niveau du dossier, pas de chaque séance.
2. Motif de consultation
La plainte dans les mots du patient, en une phrase : où, depuis quand, et ce qu’il attend de la séance.
3. Histoire de la plainte
- Date et mode d’apparition : brutal ou progressif, à la suite d’un effort, d’une chute, sans cause apparente.
- Localisation et éventuelles irradiations, à reporter sur un schéma corporel.
- Intensité, par exemple sur une échelle de 0 à 10 (HAS (nouvel onglet)), notée avant et après la séance.
- Rythme : moment de la journée, lien avec le mouvement ou le repos, réveils nocturnes.
- Facteurs qui aggravent ou soulagent, évolution depuis le début.
- Traitements déjà essayés et examens réalisés, avec leurs comptes rendus s’ils existent.
4. Antécédents
Médicaux, chirurgicaux (avec dates), traumatiques (fractures, entorses, accidents), familiaux notables et, selon le cas, gynéco-obstétricaux. Marquez ceux qui doivent rester visibles à chaque séance.
5. Traitements en cours
Les médicaments et suivis en cours, tels que le patient les rapporte. Ils éclairent votre décision d’intervenir ou d’orienter.
6. Revue par appareil
Quelques questions par grand appareil (cardio-vasculaire, respiratoire, digestif, urinaire, neurologique, tête et ORL, sommeil, état général) permettent de ne pas passer à côté d’un élément que le patient n’aurait pas relié à sa plainte.
7. Mode de vie
Activité professionnelle et posture de travail, activités sportives et leur volume, sommeil, stress, écrans. Ce sont souvent ces éléments qui nourrissent les conseils de fin de séance.
8. Signes d’alerte et orientation
Prévoyez une rubrique explicite : ce que vous avez recherché, et votre conclusion (rien qui justifie une orientation, ou orientation proposée vers le médecin traitant, avec la date). La liste des signes à rechercher relève de votre formation ; ce qui compte pour le dossier, c’est que la recherche et la décision soient tracées.
9. Information et consentement
Ce qui a été expliqué au patient et son accord, notamment pour un mineur, avec l’accord du ou des titulaires de l’autorité parentale.
Adapter la trame au profil du patient
| Critère | Adulte | Enfant | Nourrisson | Femme enceinte |
|---|---|---|---|---|
| À documenter en plus | Poste de travail, activités sportives, antécédents de lombalgie ou de cervicalgie | Croissance, scolarité, activités, orthodontie, posture (cartable, écrans) | Grossesse, durée du travail, mode d’accouchement, instruments, poids, taille, périmètre crânien, alimentation, sommeil | Terme en semaines d’aménorrhée, suivi par une sage-femme ou un médecin, grossesses antérieures |
| Avis médical préalable | Pour toute manipulation du rachis cervical (décret 2007-435, art. 3) | Pour toute manipulation du rachis cervical | Pour le crâne, la face et le rachis avant 6 mois, et pour le rachis cervical | Pour toute manipulation du rachis cervical |
| Consentement | Du patient | Du ou des titulaires de l’autorité parentale, et de l’enfant selon son âge | Du ou des titulaires de l’autorité parentale | De la patiente |
Points spécifiques à documenter selon le profil (documentation uniquement, sans recommandation clinique) · L’avis médical prend la forme d’un diagnostic établi par un médecin attestant l’absence de contre-indication ; conservez-le dans le dossier. Pour tous les patients, le décret interdit les manipulations gynéco-obstétricales et les touchers pelviens (art. 3).
Construire et faire évoluer sa trame
Partez des neuf rubriques
Gardez l’ordre de la séance : contexte, motif, histoire de la plainte, antécédents, traitements, revue par appareil, mode de vie, signes d’alerte, consentement.
Ajoutez une indication par rubrique
Une ligne qui rappelle quoi noter (« depuis quand, comment, quel rythme ») évite les oublis sans transformer la trame en formulaire.
Déclinez par profil
Dupliquez la trame adulte et ajoutez les rubriques propres à l’enfant, au nourrisson ou à la femme enceinte.
Séparez ce qui dure de ce qui change
Identité et antécédents vivent dans le dossier ; motif, histoire de la plainte et EVA vivent dans chaque séance.
Relisez-la tous les six mois
Supprimez ce que vous ne remplissez jamais, précisez ce qui revient souvent en texte libre.
Ce que votre trame doit permettre de retrouver
Si vous ne retrouvez pas l’un de ces éléments en moins de dix secondes, la trame mérite d’être revue.
Le motif de la dernière séance et son évolution depuis
Les antécédents importants, visibles sans chercher
L’intensité de la douleur avant et après chaque séance
Les traitements en cours rapportés par le patient
La recherche de signes d’alerte et la décision prise
Les avis médicaux préalables reçus et leur date
Rachis cervical, nourrisson de moins de 6 mois.
Le consentement, et pour un mineur l’accord des parents
Le médecin traitant, pour un éventuel courrier
Sources
Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.
- [1]Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathieLégifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [2]Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002, article 75 (usage du titre d’ostéopathe)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [3]Arrêté du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathieLégifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [4]Référentiel relatif aux traitements de données des cabinets médicaux et paramédicauxCNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [5]Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 5 (minimisation des données)EUR-Lex · eur-lex.europa.eu · consulté le 19 octobre 2026
- [6]Liste des échelles acceptées pour mesurer la douleur (IQSS 2025)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [7]Code pénal, article 226-13 (secret professionnel)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
Questions fréquentes
Combien de temps doit durer l’anamnèse ?
Il n’existe pas de durée de référence : elle dépend du motif et du patient. Une première consultation demande une anamnèse complète ; une séance de suivi part de la précédente et note ce qui a changé.
Faut-il refaire toute l’anamnèse à chaque séance ?
Non. Identité, antécédents et traitements se mettent à jour au niveau du dossier ; à chaque séance, notez le motif du jour, l’évolution depuis la dernière fois et l’intensité de la douleur.
Peut-on faire remplir un questionnaire au patient avant la séance ?
Oui, à condition que le moyen utilisé protège des données de santé, et en relisant les réponses avec le patient : un questionnaire ne remplace pas l’échange.
Que noter si le patient ne souhaite pas répondre à une question ?
Notez simplement que l’information n’a pas été communiquée, plutôt que de laisser un champ vide qui pourrait laisser croire à une absence d’antécédent.
L’anamnèse est-elle obligatoire ?
Aucun texte ne fixe le contenu de l’anamnèse de l’ostéopathe, mais le décret n° 2007-435 lui impose d’orienter vers un médecin quand c’est nécessaire : sans anamnèse documentée, il est difficile de montrer que cette vigilance a eu lieu.