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Pratique clinique et documentation

Utiliser un schéma corporel en séance

Pourquoi et comment reporter douleurs, irradiations, tensions et zones traitées sur un schéma corporel, quelles conventions adopter pour qu’il reste lisible, et comment le comparer d’une séance à l’autre.

À quoi sert un schéma corporel en ostéopathie ?

Un schéma corporel, ou body chart, est une silhouette sur laquelle on reporte où se situent les symptômes. On parle aussi de schéma de la douleur ou de cartographie corporelle. Il répond en un coup d’œil à des questions qu’une phrase traite mal : où exactement, jusqu’où ça irradie, d’un côté ou des deux, et qu’est-ce qui a changé depuis la dernière séance.

Il sert à quatre choses :

  • Localiser la plainte avec le patient, qui montre plus facilement qu’il ne décrit.
  • Comparer les séances entre elles : une zone qui se réduit, une irradiation qui disparaît, une nouvelle zone qui apparaît.
  • Transmettre à un remplaçant une information lisible sans explication.
  • Tracer les zones que vous avez traitées.

Le schéma ne remplace ni vos notes ni la mesure de la douleur : il les rend comparables. Voyez notre guide pour mesurer la douleur avec l’EVA.

Que reporter sur le schéma corporel ?

Deux familles d’informations se côtoient sur le même dessin, et il faut pouvoir les distinguer :

  • Ce que le patient rapporte : les zones douloureuses, leurs irradiations, la zone la plus intense, le caractère superficiel ou profond, les zones d’engourdissement ou de fourmillements qu’il décrit.
  • Ce que vous constatez ou faites : les tensions ou restrictions observées à l’examen, les zones traitées, une cicatrice relevée.

Le questionnaire de la HAS destiné aux adultes douloureux chroniques propose une convention simple pour la première famille : noircir la zone, noter « S » pour une douleur proche de la surface et « P » pour une douleur plus profonde, et « I » à l’endroit le plus intense (HAS, auto-questionnaire adulte (nouvel onglet)).

Une légende simple pour le schéma

Exemple de légende pour un schéma corporel de séance (bonne pratique ; les lettres S, P et I reprennent le questionnaire de la HAS)
CritèreRepère suggéréQui le renseigne
Zone douloureuseZone hachurée ou colorée, avec l’intensité de 0 à 10Le patient
IrradiationTracé ou flèche partant de la zone douloureuseLe patient
Superficielle ou profonde« S » ou « P » dans la zoneLe patient
Zone la plus intense« I »Le patient
Engourdissement, fourmillementsPointillés, avec un libelléLe patient
Tension ou restrictionSymbole distinct, avec un libelléLe praticien
Zone traitéeContour, avec la dateLe praticien
CicatriceTrait, avec l’année de l’interventionLe praticien

Exemple de légende pour un schéma corporel de séance (bonne pratique ; les lettres S, P et I reprennent le questionnaire de la HAS) · Ces repères sont des suggestions. L’essentiel est d’utiliser toujours les mêmes, d’en garder la légende, et de ne jamais compter sur la seule couleur.

Quelles conventions pour un schéma lisible ?

  • Droite et gauche du patient. Sur une vue de face, le côté droit du patient est à gauche de la feuille. Le questionnaire de la HAS l’indique sur chaque vue (« Droite », « Gauche ») ; faites de même. La recommandation de l’ANAES sur la douleur de l’enfant invite d’ailleurs à tenir compte des confusions droite-gauche (ANAES, 2000 (nouvel onglet)).
  • Une couleur, un libellé. Une couleur seule se perd à la photocopie et n’est pas lisible par tous ; ajoutez une lettre ou un mot.
  • La même échelle d’intensité que l’EVA. Une intensité de 0 à 10 par zone se compare directement à la douleur notée en début de séance.
  • Un schéma par séance. Ne repassez pas sur le schéma précédent : un nouveau schéma daté garde l’histoire.
  • Les vues utiles, pas toutes. Face, dos, profil : seulement celles qui portent une information.

Faire dessiner le patient ou dessiner soi-même ?

Les deux se font. Faire dessiner le patient lui donne la parole : c’est le principe des questionnaires de la HAS, où l’adulte noircit lui-même les zones. Chez l’enfant, le schéma du bonhomme permet à partir de 4 ans de colorier les zones douloureuses avec quatre couleurs, une par niveau (un peu, moyen, beaucoup, très mal) ; la HAS conseille de rester auprès de l’enfant, car les plus petits peuvent tout colorier par jeu (HAS, auto-questionnaire pédiatrique (nouvel onglet)). Entre 4 et 6 ans, l’ANAES demandait que la localisation soit rapprochée de l’examen clinique.

Si vous dessinez vous-même, faites-le pendant que le patient décrit, puis montrez-lui le résultat : « c’est bien là ? ». Dans tous les cas, gardez la distinction entre ce qu’il rapporte et ce que vous constatez.

Comment comparer les schémas d’une séance à l’autre ?

Mettez les deux schémas côte à côte, avec les mêmes vues et la même légende, et notez en une phrase ce qui a changé : « irradiation fessière disparue, zone lombaire réduite, intensité 3/10 contre 6/10 ». La phrase compte autant que le dessin : c’est elle qu’on relit vite.

Une zone nouvelle ou une irradiation qui s’étend mérite une ligne dans le compte rendu. La HAS rappelle, pour la lombalgie, que les signes d’alerte se recherchent aussi en cas d’aggravation ou d’apparition de nouveaux symptômes (fiche mémo, 2019 (nouvel onglet)), et le décret n° 2007-435 (nouvel onglet) impose d’orienter vers un médecin en cas de persistance ou d’aggravation des symptômes (article 2). Voyez notre guide pour documenter le suivi d’un patient.

Papier ou numérique : que garder dans le dossier ?

Sur papier, datez le schéma, rangez-le avec la séance et numérisez-le si votre dossier est informatisé. En numérique, le schéma est attaché à la consultation et se retrouve d’une séance à l’autre. Dans les deux cas, c’est une donnée de santé : elle suit les règles de secret, de sécurité et de conservation du dossier, que la CNIL (nouvel onglet) fixe pour les cabinets paramédicaux à 20 ans après la dernière prise en charge, un repère pour les ostéopathes.

Avant de fermer la séance : le schéma est-il complet ?

  • La date de la séance

  • Les côtés droit et gauche du patient indiqués

  • Une légende constante, chaque couleur doublée d’un libellé

  • L’intensité de chaque zone douloureuse, sur la même échelle que l’EVA

  • La distinction entre ce que le patient rapporte et ce que vous constatez

  • Les zones traitées

  • Une phrase qui résume ce qui a changé depuis la séance précédente

Schéma corporel vu de dos : douleur, tension et restriction, chacune avec son libellé (données fictives) · données fictives

Sources

Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.

  1. [1]Auto-questionnaire d’un adulte présentant une douleur chronique (janvier 2024)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
  2. [2]Auto-questionnaire pédiatrique d’un enfant ou d’un adolescent présentant une douleur chronique (schéma du bonhomme)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
  3. [3]Parcours de santé d’une personne présentant une douleur chronique (mis en ligne le 24 décembre 2024)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
  4. [4]Évaluation et stratégies de prise en charge de la douleur aiguë en ambulatoire chez l’enfant de 1 mois à 15 ans (ANAES, mars 2000)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
  5. [5]Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune, fiche mémo (mars 2019)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
  6. [6]Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathieLégifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  7. [7]Référentiel relatif aux traitements de données des cabinets médicaux et paramédicauxCNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026

Questions fréquentes

Le schéma corporel est-il obligatoire ?

Aucun texte ne l’impose à l’ostéopathe. C’est une bonne pratique dès que la plainte a une localisation : il rend le suivi lisible et comparable.

Peut-on utiliser un schéma corporel pour un nourrisson ?

Oui, pour documenter vos constats et ce que rapportent les parents, sur une silhouette adaptée. Le nourrisson ne peut pas dessiner lui-même : indiquez qui a fourni l’information.

Faut-il joindre le schéma à un courrier au médecin ?

Ce n’est pas nécessaire. Décrivez la localisation en mots dans le courrier (« douleur lombaire droite irradiant à l’arrière de la cuisse ») ; le schéma reste dans le dossier.

Faut-il refaire un schéma à chaque séance ?

Oui, dès que la localisation compte : un schéma daté par séance permet de comparer. Pour une plainte inchangée, quelques repères suffisent.

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