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Pratique clinique et documentation

Écrire au médecin traitant

Quand écrire au médecin traitant d’un patient, ce que le courrier doit contenir, comment respecter le secret professionnel et informer le patient, et comment garder la trace de l’envoi.

Quand écrire au médecin traitant d’un patient ?

Quatre situations reviennent :

  • Vous orientez le patient. Le décret n° 2007-435 (nouvel onglet) vous oblige à orienter vers un médecin lorsque les symptômes nécessitent un diagnostic ou un traitement médical, lorsqu’ils persistent ou s’aggravent, ou lorsque les troubles dépassent votre champ de compétences (article 2). Le courrier accompagne l’orientation ; il ne la remplace pas.
  • Un avis médical préalable est nécessaire. Pour le crâne, la face et le rachis du nourrisson de moins de 6 mois, et pour le rachis cervical à tout âge, le décret exige un diagnostic établi par un médecin attestant l’absence de contre-indication (article 3). Un courrier peut expliquer au médecin ce qui est demandé et pourquoi.
  • Le médecin vous a adressé le patient. Un retour bref lui dit ce que vous avez constaté et fait.
  • Le patient souhaite que son médecin soit informé de son suivi.

Courrier, lettre d’orientation, lettre de liaison : le nom importe peu. Nous n’avons trouvé aucun texte qui fixe la forme ou le contenu du courrier d’un ostéopathe à un médecin. Ce qui suit relève de la bonne pratique, sauf les mentions signalées comme obligatoires.

Que mettre dans un courrier au médecin traitant ?

Un courrier utile se lit en une minute. Le médecin doit comprendre d’emblée qui vous êtes, de qui vous parlez et ce que vous attendez de lui.

  • En-tête : vos nom, prénom, adresse professionnelle, votre diplôme (obligatoire sur tout document, décret n° 2007-435, art. 14 (nouvel onglet)), la mention « EI » si vous exercez en entreprise individuelle (Code de commerce, art. R526-27 (nouvel onglet)), votre numéro RPPS et un moyen de vous joindre.
  • Destinataire, lieu, date et objet : « Objet : M. X, né le …, consulté le … ».
  • Motif et contexte : pourquoi le patient vous a consulté, depuis quand, en une ou deux phrases.
  • Constats : ce que le patient rapporte et ce que vous avez observé, en faits : localisation, intensité (par exemple 7/10), évolution sur les séances, éléments qui ont motivé le courrier.
  • Ce qui a été fait : séance réalisée, partielle ou non réalisée, et pourquoi.
  • Raison du courrier : orientation pour avis médical, demande d’avis préalable, ou simple information.
  • Ce que vous attendez : un avis, avec le délai qui vous paraît adapté. La décision d’un examen appartient au médecin.
  • Mention de l’accord du patient, puis signature.

Rédiger le courrier en sept étapes

À partir du dossier, sans rien inventer : chaque phrase doit pouvoir être retrouvée dans vos notes.

  1. Informez le patient

    Dites-lui à qui vous écrivez, pourquoi et ce que le courrier contiendra. Notez son accord, ou son refus, au dossier.

  2. Relisez le dossier

    Motif, évolution, douleur sur les dernières séances, signes d’alerte recherchés, ce qui a été fait.

  3. Posez l’en-tête

    Identité, diplôme, mention « EI » le cas échéant, RPPS, coordonnées ; destinataire, date, objet.

  4. Écrivez les faits

    Motif, constats, ce qui a été fait. Les mots du patient entre guillemets, vos observations sans interprétation médicale.

  5. Dites ce que vous attendez

    Avis médical, avis préalable prévu par le décret, ou information. Indiquez le délai qui vous paraît adapté.

  6. Relisez comme le patient

    Il pourra lire le courrier : termes clairs, aucun jugement, rien qu’il ne sache déjà.

  7. Remettez et archivez

    Remettez le courrier ou envoyez-le de façon sécurisée, puis rangez une copie datée dans le dossier.

Ce que le courrier dit, ce qu’il évite

Exemples de formulations pour un courrier d’ostéopathe au médecin traitant (bonnes pratiques, exemples fictifs)
CritèreÀ éviterÀ préférer
Conclusion« Suspicion de hernie discale »« Douleur lombaire irradiant au mollet droit depuis dix jours, avec engourdissement du pied rapporté par la patiente »
Demande« Merci de prescrire une IRM »« Ces éléments me paraissent justifier votre avis ; je n’ai pas réalisé de séance »
Évolution« Pas d’amélioration »« Douleur à 6/10 à la première séance, 7/10 à la troisième, trois semaines plus tard »
Ton« Cher confrère » (si vous n’êtes pas médecin)« Madame, Monsieur le docteur » ou « Docteur »
InformationsToute l’anamnèse recopiéeLes seuls éléments utiles à la question posée

Exemples de formulations pour un courrier d’ostéopathe au médecin traitant (bonnes pratiques, exemples fictifs) · Le Code de la santé publique limite les échanges aux informations strictement nécessaires à la coordination ou à la continuité des soins (art. R1110-1).

Un modèle de courrier d’ostéopathe au médecin traitant

Un exemple fictif d’orientation pour persistance et aggravation des symptômes, à adapter. Les crochets marquent ce que vous complétez.

[Prénom Nom], ostéopathe [intitulé de votre diplôme], EI, [adresse professionnelle], RPPS [numéro], [téléphone]

[Ville], le [date]

Madame, Monsieur le docteur,

Je vois depuis le [date] votre patiente, Mme [Nom], née le [date], pour une douleur lombaire droite apparue sans cause qu’elle identifie.

Après trois séances en quatre semaines, la douleur, cotée à 5 sur 10 au départ, est aujourd’hui à 6 sur 10 et s’étend désormais à l’arrière de la cuisse droite, selon la patiente. Devant cette persistance et cette extension, je pense que votre avis est nécessaire. Je n’ai pas réalisé de séance aujourd’hui.

Avec son accord, je lui remets ce courrier à votre intention. Je reste à votre disposition pour tout complément.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur le docteur, l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Secret professionnel : faut-il l’accord du patient ?

Vous êtes tenu au secret professionnel (Code pénal, art. 226-13 (nouvel onglet)). Écrire à un médecin, c’est lui transmettre des informations couvertes par ce secret : le cadre compte.

Le Code de la santé publique organise l’échange d’informations entre professionnels qui prennent en charge une même personne. Un professionnel peut échanger avec d’autres professionnels identifiés si tous participent à la prise en charge et si les informations sont strictement nécessaires (art. L1110-4, II (nouvel onglet)). Les ostéopathes non professionnels de santé figurent dans la liste des professionnels concernés (art. R1110-2, 2° b (nouvel onglet)). Avant l’échange, la personne doit être informée de la nature des informations transmises et de l’identité du destinataire (art. R1110-3 (nouvel onglet)), et elle peut s’opposer à l’échange à tout moment (art. L1110-4, IV).

En pratique, la voie la plus sûre tient en trois gestes :

  1. Expliquez au patient ce que vous écrivez et à qui.
  2. Notez son accord au dossier, avec la date. S’il refuse, n’envoyez rien.
  3. Remettez-lui le courrier, sous pli fermé s’il le souhaite : c’est lui qui le transmet.

Comment envoyer le courrier au médecin ?

  • En main propre au patient : le plus simple, et le patient garde la maîtrise de ses informations.
  • Par courrier postal, à l’adresse du cabinet du médecin, en vérifiant le destinataire.
  • Par voie électronique, avec prudence. Le référentiel de la CNIL (nouvel onglet) recommande une messagerie sécurisée de santé entre professionnels de santé ; à défaut, de chiffrer les données avant de les envoyer par une messagerie ordinaire et de transmettre le mot de passe par un autre canal. Un courriel ordinaire en clair ne convient pas à des données de santé.

Que garder dans le dossier du patient ?

Une copie datée du courrier, le mode de remise (en main propre, poste, voie électronique), l’accord du patient et, plus tard, la réponse du médecin ou le compte rendu que le patient vous apporte. À la séance suivante, notez ce qu’il est advenu de l’orientation. Pour la structure des séances elles-mêmes, voyez notre guide pour rédiger un compte rendu de séance, et pour les situations d’orientation, la page sur les drapeaux rouges.

Sources

Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.

  1. [1]Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie (art. 2, 3 et 14)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  2. [2]Code pénal, article 226-13 (secret professionnel)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  3. [3]Code de la santé publique, article L1110-4 (échange et partage d’informations)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  4. [4]Code de la santé publique, article R1110-2 (professionnels concernés par l’échange d’informations, version en vigueur depuis le 27 décembre 2021)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  5. [5]Code de la santé publique, article R1110-3 (information préalable de la personne)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  6. [6]Code de la santé publique, article R1110-1 (informations strictement nécessaires)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  7. [7]Code de commerce, article R526-27 (mention « EI »)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
  8. [8]Référentiel relatif aux traitements de données des cabinets médicaux et paramédicaux (sécurité des échanges)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026

Questions fréquentes

Le patient peut-il lire le courrier ?

Oui. Le courrier le concerne et il a un droit d’accès à ses données (RGPD, art. 15). Rédigez-le en termes clairs et factuels, sans rien qu’il découvrirait en le lisant.

Et si le patient n’a pas de médecin traitant ?

Adressez le courrier au médecin qu’il consultera, ou sans nom de destinataire (« Madame, Monsieur le docteur »), et remettez-le au patient. Notez au dossier à qui le courrier a été remis.

Peut-on demander un examen d’imagerie dans le courrier ?

Décrivez plutôt ce qui motive l’orientation et laissez au médecin la décision des examens. Le courrier sert à éclairer son avis, pas à le devancer.

Combien de temps garder une copie du courrier ?

Aussi longtemps que le dossier : le référentiel de la CNIL des cabinets médicaux et paramédicaux retient 20 ans après la dernière prise en charge, un repère pour les ostéopathes.

Theo peut-il écrire le courrier à ma place ?

Theo prépare un brouillon à partir de vos notes, marqué « IA · à vérifier ». Vous le relisez, le corrigez et le validez ; Theo n’ajoute aucune conclusion clinique et ne décide pas de l’orientation.

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