Peut-on envoyer des données patients à une IA ?
Oui, dans un cadre précis. Une note de séance, une dictée ou un extrait de dossier contiennent des données de santé, que le RGPD (nouvel onglet) range parmi les catégories particulières (article 9). Quand un outil d’IA les reçoit pour rédiger un brouillon, son fournisseur traite ces données pour votre compte : c’est un sous-traitant au sens du RGPD, et vous restez le responsable du traitement.
Trois conditions en découlent, cumulatives :
- Un contrat de sous-traitance conforme à l’article 28 du RGPD, qui limite le traitement à vos instructions et liste les sous-traitants ultérieurs (le fournisseur du modèle, l’hébergeur).
- Un hébergement certifié HDS : héberger des données de santé pour le compte d’un professionnel impose un hébergeur certifié (CSP, art. L1111-8 (nouvel onglet)). Le service d’IA lui-même doit entrer dans le périmètre du certificat, pas seulement le serveur de l’éditeur.
- Un stockage dans l’Union européenne ou l’EEE : c’est une exigence du référentiel HDS en vigueur, renforcée par le décret n° 2026-209.
Sans ces garanties, la consigne de la HAS est simple : aucune information permettant d’identifier directement ou indirectement un patient, ni rien de ce qui relève du secret, dans la requête (clef 2.4 (nouvel onglet)).
Les textes qui s’appliquent quand une IA traite des données de patients
| Critère | Ce qu’il exige | Qui est concerné | Depuis |
|---|---|---|---|
| RGPD | Base légale, minimisation, information des patients, contrat avec le sous-traitant, sécurité, registre | Vous (responsable du traitement) et le fournisseur (sous-traitant) | 25 mai 2018 |
| Hébergement HDS (CSP, L1111-8) | Hébergeur certifié pour les données de santé confiées à un tiers | Le fournisseur et ses hébergeurs | Référentiel v2 : mise en conformité au 16 mai 2026 |
| Décret n° 2026-209 | Stockage exclusivement dans l’UE ou l’EEE ; un accès à distance depuis un pays tiers est assimilé à un transfert | Les hébergeurs certifiés | Décret du 24 mars 2026, en vigueur environ six mois après sa publication (fin septembre 2026) |
| Secret professionnel (Code pénal, 226-13) | Ne révéler aucune information confiée ou constatée dans l’exercice | Vous | Permanent |
| AI Act, article 50 | L’outil se présente comme une IA ; les contenus générés sont marqués de façon lisible par machine | Le fournisseur de l’outil | 2 août 2026 |
| AI Act, article 4 | Mesures pour développer la culture de l’IA des personnes qui utilisent l’outil | Le fournisseur et vous (utilisateur professionnel) | 2 février 2025, texte modifié en juillet 2026 |
| Dispositifs médicaux (règlement 2017/745) | Marquage CE si le logiciel aide à des décisions diagnostiques ou thérapeutiques | Le fabricant du logiciel | Depuis le 26 mai 2021 |
Ce que chaque texte exige, et à qui, au 19 octobre 2026 · Un assistant de rédaction et de recherche n’a pas de destination médicale : le règlement sur les dispositifs médicaux ne s’applique que si l’outil aide à décider.
Que change l’AI Act pour un ostéopathe ?
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (nouvel onglet) distingue le fournisseur (celui qui développe l’outil et le met sur le marché) et le déployeur (le professionnel qui l’utilise sous sa propre autorité). Avec un assistant d’IA au cabinet, vous êtes déployeur. Ce que cela change concrètement :
- Transparence (article 50, depuis le 2 août 2026). Le fournisseur doit faire en sorte que vous sachiez que vous échangez avec une IA, et marquer les contenus générés de façon détectable par machine. Ce marquage bénéficie d’un délai jusqu’au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août 2026 ; il ne s’applique ni aux fonctions d’assistance à l’édition standard, ni aux systèmes qui ne modifient pas substantiellement les données fournies ou leur sens.
- Culture de l’IA (article 4, depuis le 2 février 2025). Fournisseurs et déployeurs prennent des mesures pour développer la maîtrise de l’IA des personnes qui l’utilisent pour eux. Le règlement (UE) 2026/1744 (nouvel onglet) a reformulé cette obligation : elle n’impose pas de garantir un niveau donné pour chaque personne (texte modifié (nouvel onglet)). En pratique : savoir comment l’outil fonctionne, ce qu’il ne fait pas, et comment relire ses contenus ; former l’assistante ou le collaborateur qui l’utilise.
- Haut risque : seulement pour les dispositifs médicaux. Un outil qui serait un dispositif médical de classe IIa ou plus serait un système à haut risque (article 6 et annexe I), avec des obligations applicables à partir du 2 août 2028 après le report voté en 2026. Un assistant qui rédige et recherche n’entre pas dans cette catégorie.
L’article 50 vise les personnes qui interagissent avec l’IA. Le patient ne dialogue pas avec l’assistant du cabinet : l’AI Act ne vous oblige pas, à lui seul, à lui signaler un brouillon préparé par une IA. L’obligation d’information vient du RGPD (voir Informer ses patients de l’usage de l’IA).
Que dit le RGPD quand on utilise une IA ?
Le RGPD ne contient pas de règle propre à l’IA : ses principes s’appliquent à l’outil comme au reste du dossier.
- Minimisation (article 5). L’outil ne reçoit que ce qui est nécessaire à la demande. Un résumé de dossier n’a pas besoin du numéro de sécurité sociale.
- Information (article 13). Votre notice mentionne les destinataires des données, dont les prestataires techniques ; le référentiel de la CNIL (nouvel onglet) admet un affichage au cabinet ou un document remis au patient.
- Registre (article 30). Ajoutez l’outil et son fournisseur à votre registre des traitements.
- Violation de données (article 33). Le sous-traitant doit vous prévenir sans délai ; vous notifiez la CNIL dans les 72 heures si la violation présente un risque.
- Analyse d’impact (article 35). La CNIL retient neuf critères ; deux critères réunis imposent en principe une AIPD. Les données sensibles, les personnes vulnérables (dont les patients) et l’usage innovant d’une nouvelle technologie en font partie (CNIL (nouvel onglet)). Le référentiel cabinets estime qu’une AIPD devrait être nécessaire pour les cabinets groupés qui partagent un système d’information au-delà de 10 000 patients par an. Dans tous les cas, documentez votre analyse et demandez au fournisseur les éléments de la sienne : l’article 28 l’oblige à vous aider.
L’IA peut-elle être entraînée sur vos dossiers ?
Elle ne devrait pas l’être sans un cadre que votre cabinet n’a pas. La CNIL considère que le développement d’un système d’IA à partir de données de santé relève d’une recherche, étude ou évaluation dans le domaine de la santé, soumise à des formalités préalables : déclaration de conformité à une méthodologie de référence ou autorisation (fiche CNIL du 5 mars 2026 (nouvel onglet)). Pour un usage au cabinet, exigez donc par écrit que vos données ne servent qu’à répondre à vos demandes, et qu’elles ne soient ni conservées au-delà du nécessaire ni réutilisées pour entraîner un modèle.
Le secret professionnel interdit-il l’IA ?
Non, mais il fixe la manière. Le secret (Code pénal, art. 226-13 (nouvel onglet)) interdit de révéler une information confiée ou constatée dans l’exercice. Confier une donnée à un prestataire technique qui agit pour votre compte, sous contrat, chez un hébergeur certifié, avec des accès limités et tracés, n’est pas la même chose que la coller dans un service grand public dont vous ne maîtrisez ni l’hébergement ni la réutilisation. C’est la seconde situation qu’il faut proscrire.
Ce qu’il faut obtenir du fournisseur avant d’y mettre des données
Des documents, pas des promesses : chaque point se vérifie sur pièce.
Un contrat de sous-traitance (RGPD, art. 28)
Avec la liste des sous-traitants ultérieurs, dont le fournisseur du modèle.
Le certificat HDS de l’hébergeur
Nom, numéro, périmètre incluant le service d’IA, date de validité.
Le lieu de stockage et les accès à distance
UE ou EEE ; exposition éventuelle à un pays tiers déclarée.
L’engagement écrit de non-entraînement
Et la durée de conservation des demandes et des réponses.
L’étiquetage des contenus générés
Mention visible et validation avant tout enregistrement.
La traçabilité des demandes qui touchent un patient
La procédure en cas de violation de données
Délai et canal d’alerte vers le cabinet.
Les éléments utiles à votre analyse d’impact
Sources
Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.
- [1]Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 5, 9, 13, 28, 30, 33 et 35EUR-Lex · eur-lex.europa.eu · consulté le 19 octobre 2026
- [2]Code de la santé publique, article L1111-8 (hébergement de données de santé)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [3]Référentiel de certification HDS (version 2) : publication au Journal officiel du 16 mai 2024Agence du numérique en santé · esante.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [4]Décret n° 2026-209 du 24 mars 2026 (stockage des données de santé dans l’UE/EEE)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [5]IA et santé : développer et évaluer des systèmes d’IA conformes (5 mars 2026)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [6]Référentiel relatif aux traitements de données des cabinets médicaux et paramédicauxCNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [7]Ce qu’il faut savoir sur l’analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [8]Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle (AI Act)EUR-Lex · eur-lex.europa.eu · consulté le 19 octobre 2026
- [9]Règlement (UE) 2026/1744 (« Digital Omnibus on AI »)EUR-Lex · eur-lex.europa.eu · consulté le 19 octobre 2026
- [10]AI Act Service Desk : article 4 (maîtrise de l’IA), version modifiéeCommission européenne · ai-act-service-desk.ec.europa.eu · consulté le 19 octobre 2026
- [11]Code pénal, article 226-13 (secret professionnel)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [12]Premières clefs d’usage de l’IA générative en santé (guide, octobre 2025)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
Questions fréquentes
Peut-on envoyer des données patients à une IA ?
Seulement chez un fournisseur qui agit pour votre compte sous contrat (RGPD, art. 28), hébergé par un hébergeur certifié HDS dans l’Union européenne, sans réutilisation des données pour l’entraînement. Sinon, aucune donnée identifiante.
L’AI Act s’applique-t-il à un cabinet d’ostéopathie ?
Oui, comme utilisateur professionnel (déployeur) : depuis le 2 février 2025, vous prenez des mesures de culture de l’IA pour vous et votre équipe. Les obligations de transparence de l’article 50 pèsent surtout sur le fournisseur de l’outil.
Faut-il une analyse d’impact (AIPD) pour utiliser une IA au cabinet ?
La CNIL impose en principe une AIPD quand deux de ses neuf critères sont réunis ; données sensibles, patients et usage d’une nouvelle technologie en font partie. Faites et documentez l’analyse, en vous appuyant sur les éléments que le fournisseur doit vous transmettre.
Mon hébergeur est certifié HDS : l’outil d’IA l’est-il aussi ?
Pas forcément. La certification porte sur un périmètre de services précis : vérifiez que le service d’IA utilisé, et pas seulement l’hébergement du logiciel, y figure.
Les données envoyées à l’IA peuvent-elles sortir de l’Union européenne ?
Le référentiel HDS exige un hébergement dans l’Union européenne ou l’EEE, et le décret n° 2026-209 assimile un accès à distance depuis un pays tiers à un transfert. Demandez au fournisseur où les données sont traitées et qui peut y accéder.