Qui est responsable du traitement au cabinet ?
Le RGPD distingue deux rôles. Le responsable du traitement décide pourquoi et comment les données sont traitées ; le sous-traitant les traite pour son compte (RGPD, art. 4). Au cabinet, le responsable, c’est vous : vous choisissez ce que vous notez, combien de temps vous le gardez et à qui vous le transmettez. En cabinet de groupe, chaque praticien peut être responsable pour ses patients, ou les associés responsables conjoints s’ils partagent un même dossier : écrivez qui fait quoi.
Votre éditeur de logiciel, votre hébergeur, votre plateforme de prise de rendez-vous ou votre service de sauvegarde sont des sous-traitants. Ils ne peuvent traiter les données que sur vos instructions, et c’est à vous de choisir des prestataires qui présentent des « garanties suffisantes » (art. 28).
Quelles données de santé pouvez-vous collecter, et sur quelle base ?
Tout ce qui révèle l’état de santé d’un patient est une donnée de santé, y compris le fait qu’il reçoive des soins (RGPD, art. 4). Ces données sont en principe interdites de traitement, sauf exceptions : celle qui vous concerne est la prise en charge sanitaire, par une personne soumise au secret professionnel (art. 9, paragraphes 2 h et 3).
Chaque finalité doit aussi reposer sur une base légale (art. 6), que vous choisissez et documentez. Le référentiel de la CNIL propose l’obligation légale pour la tenue du dossier, et l’intérêt légitime pour la prise de rendez-vous et la comptabilité. Un point d’attention : nous n’avons trouvé aucun texte qui impose expressément à l’ostéopathe exclusif de tenir un dossier (le décret n° 2007-435 (nouvel onglet) n’en parle pas). Notez donc votre choix de base légale dans le registre, par exemple l’exécution du contrat de soins ou l’intérêt légitime, plutôt que de recopier le tableau de la CNIL.
Ne collectez que ce qui sert la prise en charge : identité et coordonnées, motif, antécédents utiles, observations, séances. Dans les zones de texte libre, n’écrivez que ce qui sert la prise en charge.
Vos obligations RGPD en un coup d’œil
| Critère | Ce que vous faites | Texte | Statut |
|---|---|---|---|
| Information des patients | Affiche en salle d’attente ou document remis, reprise sur votre site | RGPD, art. 12 et 13 | Obligatoire |
| Registre des traitements | Un document écrit, tenu à jour, montré à la CNIL sur demande | RGPD, art. 30 | Obligatoire(données de santé) |
| Sécurité | Accès personnels, authentification forte, sauvegardes, postes verrouillés | RGPD, art. 32 | Obligatoire |
| Contrats avec les prestataires | Clauses de l’article 28 ; hébergeur certifié pour les données de santé | RGPD, art. 28 ; CSP, art. L1111-8 | Obligatoire |
| Durées de conservation | Repère : 20 ans après la dernière prise en charge pour le dossier | RGPD, art. 5 ; référentiel CNIL | Obligatoire(durée à fixer) ; 20 ans = repère |
| Droits des patients | Répondre sous un mois à une demande d’accès, de rectification… | RGPD, art. 12 à 22 | Obligatoire |
| Violations de données | Documenter ; notifier la CNIL sous 72 heures si risque | RGPD, art. 33 et 34 | Obligatoire |
| Délégué à la protection des données | Non requis pour un praticien seul selon la CNIL | RGPD, art. 37 | Selon la taille du traitement |
| Analyse d’impact (AIPD) | Non requise pour un praticien seul selon la CNIL | RGPD, art. 35 | Selon la taille du traitement |
Obligations d’un ostéopathe libéral exerçant seul, responsable du traitement (état au 19 octobre 2026) · Le référentiel de la CNIL n’a pas de valeur contraignante : s’en écarter est possible si vous justifiez votre choix.
Comment informer les patients ?
Vous devez informer chaque patient au moment où vous recueillez ses données (RGPD, art. 13), en termes clairs. Le référentiel admet un affichage dans les locaux ou la remise d’un document, notamment pour les visites à domicile (dépliant, courriel de confirmation de rendez-vous). Si vous prenez des rendez-vous en ligne ou avez un site, reprenez cette information sur le site.
L’information indique au minimum : votre identité et vos coordonnées, les finalités et leurs bases légales, les destinataires (dont vos prestataires), la durée de conservation, les droits du patient (accès, rectification, effacement, limitation, opposition), et le droit de saisir la CNIL. Si vous utilisez un outil de dictée ou d’assistance par IA, mentionnez-le parmi les outils qui traitent les données.
Faut-il tenir un registre des traitements quand on exerce seul ?
Oui. Le registre est obligatoire pour tout responsable du traitement ; l’exemption des structures de moins de 250 salariés ne s’applique pas au traitement de données de santé (RGPD, art. 30 (nouvel onglet)). La CNIL le rappelle aux professionnels de santé libéraux et propose un modèle de registre (nouvel onglet).
Pour un cabinet, trois ou quatre fiches suffisent souvent : dossiers patients, rendez-vous, facturation et comptabilité, éventuellement site internet. Chaque fiche indique la finalité, les catégories de personnes et de données, les destinataires, les durées, et les grandes lignes des mesures de sécurité. Le registre reste chez vous ; il n’est pas envoyé à la CNIL.
Quelles mesures de sécurité mettre en place ?
L’article 32 du RGPD demande des mesures adaptées au risque. Le référentiel de la CNIL (nouvel onglet) les détaille pour un cabinet :
- un identifiant propre à chaque utilisateur, et une authentification forte (carte CPS ou autre moyen à deux facteurs) pour accéder aux données de santé ;
- des profils d’habilitation qui séparent les données administratives et médicales : le secrétariat n’accède qu’à ce dont il a besoin ;
- le verrouillage automatique des sessions, des écrans protégés des regards, des mises à jour installées sans délai ;
- des sauvegardes régulières, stockées en lieu sûr ;
- des clés USB et disques externes limités et chiffrés ;
- une messagerie sécurisée, ou des pièces jointes chiffrées dont le code part par un autre canal ;
- des dossiers papier sous clé et détruits au broyeur en fin de vie.
Comment encadrer vos sous-traitants ?
Chaque prestataire qui traite des données pour vous signe un contrat conforme à l’article 28 du RGPD (nouvel onglet) : traitement sur instruction documentée, confidentialité du personnel, sécurité, pas de sous-traitant ultérieur sans votre autorisation écrite, aide pour répondre aux patients, suppression ou restitution des données en fin de contrat, audits possibles.
Pour les données de santé, un prestataire qui les héberge pour vous doit en outre être titulaire d’un certificat d’hébergeur de données de santé (CSP, art. L1111-8 (nouvel onglet)). Le détail est dans notre guide sur l’hébergement de données de santé (HDS). Avec une plateforme de rendez-vous en ligne, le référentiel demande une répartition claire des responsabilités : lisez ses conditions avant de l’activer.
Que faire en cas de violation de données ?
Une violation, c’est une perte, une fuite, un vol ou un accès non autorisé : ordinateur volé, courriel envoyé au mauvais patient, rançongiciel. Vous la documentez dans tous les cas. Si elle présente un risque pour les patients, vous la notifiez à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance ; si le risque est élevé, vous informez aussi les patients concernés (RGPD, art. 33 et 34). La notification se fait en ligne sur le téléservice de la CNIL (nouvel onglet). Votre sous-traitant doit vous prévenir sans tarder s’il en subit une.
Délégué à la protection des données et analyse d’impact : êtes-vous concerné ?
Pour un praticien qui exerce à titre individuel, la CNIL indique qu’il n’y a pas d’obligation de désigner un délégué ni de mener une analyse d’impact (CNIL (nouvel onglet)). Ces obligations apparaissent si vous traitez des données de santé à grande échelle : réseau, maison de santé, dossiers partagés. Le référentiel estime qu’elles « devraient être nécessaires » pour un cabinet groupé qui partage un système d’information, à partir de 10 000 patients par an.
Mettre votre cabinet en conformité, étape par étape
Comptez une demi-journée pour un premier passage, puis une révision par an.
Faites l’inventaire de vos traitements
Dossiers patients, rendez-vous, facturation, site internet, messagerie : listez ce que vous collectez, où c’est stocké et qui y accède.
Remplissez le registre
Une fiche par traitement à partir du modèle de la CNIL, avec la base légale choisie et la durée de conservation.
Vérifiez vos prestataires
Contrat conforme à l’article 28 pour chacun ; certificat HDS pour celui qui héberge les dossiers ; localisation des données.
Rédigez et affichez l’information des patients
Une affiche en salle d’attente, le même texte sur votre site et dans le courriel de confirmation de rendez-vous.
Réglez la sécurité
Comptes personnels, authentification à deux facteurs, rôles distincts pour le secrétariat, sauvegardes, verrouillage des postes.
Fixez vos durées et votre archivage
Dossier : repère de 20 ans après la dernière prise en charge ; pièces comptables : 6 ans. Prévoyez la destruction sécurisée.
Préparez les incidents et les demandes
Une procédure d’une page : qui prévenir en cas de violation, comment répondre à une demande d’accès dans le mois.
Checklist RGPD du cabinet
À revoir chaque année, ou à chaque changement de logiciel.
Registre des traitements à jour
Finalités, bases légales, destinataires, durées, sécurité.
Information des patients affichée et en ligne
Contrat article 28 signé avec chaque prestataire
Certificat HDS de l’hébergeur vérifié
Périmètre, activités couvertes, date de validité.
Un compte personnel par utilisateur, authentification forte
Accès du secrétariat limité aux données administratives
Sauvegardes testées
Durées de conservation fixées et archivage organisé
Procédure de violation de données
Notification à la CNIL sous 72 heures si risque.
Procédure de réponse aux demandes d’accès
Délai d’un mois.
Sources
Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.
- [1]Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), texte officielEUR-Lex · eur-lex.europa.eu · consulté le 19 octobre 2026
- [2]RGPD, chapitre IV (articles 24 à 43 : sous-traitant, registre, sécurité, violations, AIPD, DPO)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [3]Référentiel relatif aux traitements de données destinés à la gestion des cabinets médicaux et paramédicaux (PDF)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [4]Délibération n° 2020-081 du 18 juin 2020 portant adoption du référentiel des cabinets médicaux et paramédicauxLégifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [5]RGPD et professionnels de santé libéraux : ce que vous devez savoirCNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [6]Professionnels de santé : mener une analyse d’impact, c’est obligatoire ?CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [7]Le registre des activités de traitement (modèle de registre)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [8]Notifier une violation de données personnellesCNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [9]Code de la santé publique, article L1111-8 (hébergement de données de santé)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [10]Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathieLégifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
Questions fréquentes
Dois-je déclarer mon fichier patients à la CNIL ?
Non. Depuis le 25 mai 2018, les fichiers de gestion des cabinets ne se déclarent plus : vous tenez un registre et devez pouvoir montrer votre conformité en cas de contrôle.
Faut-il le consentement du patient pour tenir son dossier ?
Non. Le dossier repose sur une autre base légale (obligation légale, contrat ou intérêt légitime selon votre analyse) et sur l’exception de prise en charge sanitaire de l’article 9. Le patient doit en revanche être informé.
Un patient peut-il exiger l’effacement de son dossier ?
Pas toujours. Le droit à l’effacement ne joue pas, notamment, quand la conservation est nécessaire pour respecter une obligation légale ou pour la défense de droits en justice (RGPD, art. 17, paragraphe 3). Répondez par écrit dans le mois en motivant votre décision.
Puis-je envoyer un compte rendu par courriel classique ?
Le référentiel de la CNIL recommande une messagerie sécurisée ou le chiffrement de la pièce jointe, avec le code transmis par un autre canal (SMS, téléphone).
Que risque un cabinet qui ne respecte pas le RGPD ?
La CNIL peut contrôler un cabinet, notamment après la plainte d’un patient, puis le mettre en demeure ou le sanctionner. Un registre, une information des patients et des contrats à jour sont vos premières preuves de conformité.