L’ostéopathe est-il tenu au secret professionnel ?
Le texte de référence est l’article 226-13 du Code pénal (nouvel onglet) : il punit la révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire « soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire ». La peine est d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.
Le texte ne dresse pas de liste de professions. L’ostéopathe recueille, par sa profession, des confidences et des informations de santé : la lecture prudente, que nous retenons, est qu’il en est dépositaire et donc tenu au secret. Le RGPD va dans le même sens : il n’autorise le traitement de données de santé pour la prise en charge que par une personne soumise à une obligation de secret (RGPD, art. 9, paragraphe 3 (nouvel onglet)).
Secret professionnel ou secret médical ? Le « secret médical » au sens du Code de la santé publique (art. L1110-4) (nouvel onglet) s’applique aux professionnels de santé. Un ostéopathe qui est aussi masseur-kinésithérapeute, médecin, sage-femme ou infirmier y est soumis à ce titre. Pour l’ostéopathe exclusif, dont l’exercice est régi hors de ce code, l’application de cet article est incertaine : parlez de secret professionnel (Code pénal) et de RGPD, qui s’appliquent dans tous les cas (voir notre guide sur le RGPD au cabinet).
Que couvre le secret ?
Aucun texte propre aux ostéopathes n’en fixe le contenu. Par prudence, appliquez-le à tout ce qui touche le patient :
- le fait même qu’il vous consulte, et la date de ses séances ;
- ce qu’il vous dit : motif, antécédents, situation familiale ou professionnelle ;
- ce que vous constatez, notez ou déduisez pendant la séance ;
- les documents qu’il vous remet (comptes rendus, imagerie, certificats).
Le secret vaut à l’égard de tous, y compris des proches du patient et de vos confrères qui ne participent pas à sa prise en charge. Par prudence, considérez qu’il demeure après la fin du suivi, et après le décès du patient.
Qui peut recevoir une information sur un patient ?
| Critère | Ce que vous pouvez faire | Fondement |
|---|---|---|
| Le patient lui-même | Tout lui communiquer, y compris une copie de son dossier | RGPD, art. 15 (droit d’accès) |
| Médecin traitant, autre soignant | Transmettre ce qui est utile, après avoir informé le patient et recueilli son accord | CSP, art. L1110-4 (II) et R1110-2 ; accord du patient |
| Parents d’un patient mineur | Les informer en tant que titulaires de l’autorité parentale | Code civil, art. 371-1 |
| Conjoint, famille, amis | Rien sans l’accord du patient, même pour un rendez-vous | Code pénal, art. 226-13 |
| Employeur | Rien ; le patient remet lui-même un justificatif s’il le souhaite | Code pénal, art. 226-13 |
| Mutuelle | Une note d’honoraires sans motif ni information clinique | Minimisation (RGPD, art. 5) |
| Assureur, expert | Rien sans l’accord écrit du patient ; de préférence, remettre les pièces au patient | Code pénal, art. 226-13 |
| Police, justice | Ne rien remettre sans vérifier la réquisition et son cadre ; demander conseil | Cas prévus par la loi (art. 226-14 et procédure pénale) |
| Assistant, secrétariat | Seulement ce qui est nécessaire à sa mission, sous votre contrôle | Référentiel CNIL ; engagement de confidentialité |
Situations courantes au cabinet, pour un ostéopathe exclusif (état au 19 octobre 2026) · Pour un kiné-ostéopathe, les règles du Code de la santé publique propres aux professionnels de santé (secret médical, information du patient) s’appliquent en plus.
Peut-on partager une information avec le médecin traitant ?
Oui, avec l’accord du patient, et en vous limitant à ce qui sert sa prise en charge. L’article L1110-4 (II) du CSP permet à des professionnels qui prennent en charge une même personne d’échanger les informations strictement nécessaires, et l’article R1110-2 (nouvel onglet) cite expressément les ostéopathes parmi ces professionnels. Le patient doit en être informé et peut s’y opposer : son accord, noté au dossier, reste votre base la plus sûre. Le détail est dans le guide sur le courrier au médecin traitant. Notez-le au dossier, avec la date et ce qui a été transmis. Pour l’envoi, le référentiel de la CNIL (nouvel onglet) recommande une messagerie sécurisée, ou un document chiffré dont le code part par un autre canal.
Assistants, secrétaires, remplaçants : comment les associer au secret ?
Le référentiel de la CNIL prévoit que le secrétariat n’accède qu’aux informations nécessaires à sa mission (rendez-vous, gestion du cabinet) et, pour le reste, dans des conditions strictement limitées et sous le contrôle du praticien. En pratique :
- faites signer un engagement de confidentialité à toute personne qui travaille au cabinet ;
- donnez-lui un compte personnel et un profil qui n’ouvre pas le contenu clinique ;
- retirez ses accès le jour de son départ.
Le remplaçant, ostéopathe lui-même, est tenu au secret au même titre que vous ; ses accès suivent la durée de sa mission. Les prestataires (éditeur, hébergeur, maintenance) s’engagent par contrat à faire respecter la confidentialité par leur personnel (RGPD, art. 28 (nouvel onglet)) ; un hébergeur de données de santé et son personnel sont en outre tenus au secret par la loi (CSP, art. L1111-8 (nouvel onglet)).
Mutuelle, employeur, famille : que répondre ?
La règle est la même : rien sans l’accord du patient. La note d’honoraires remise pour la mutuelle n’indique ni motif ni information de santé (voir le guide sur le remboursement par la mutuelle). Un proche qui appelle pour un patient majeur n’obtient pas de confirmation qu’il est suivi chez vous. Si un assureur ou un employeur demande une attestation, remettez le document au patient : c’est à lui de décider de le transmettre.
Après un décès, les héritiers disposent de droits limités sur ses données, notamment pour régler la succession (loi Informatique et Libertés, art. 85 (nouvel onglet)) ; avant de transmettre quoi que ce soit, demandez conseil.
Dans quels cas la loi lève-t-elle le secret ?
L’article 226-14 du Code pénal (nouvel onglet) écarte la sanction lorsque la loi impose ou autorise la révélation. Son 1° vise toute personne qui informe les autorités judiciaires, médicales ou administratives de privations ou de sévices, y compris sexuels, infligés à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger. Les autres cas (signalement au procureur avec ou sans accord de la victime, violences conjugales, détention d’une arme) visent les médecins et les professionnels de santé, ou de l’action sociale pour les armes : leur application à l’ostéopathe exclusif est incertaine. Un signalement fait dans ces conditions n’engage pas votre responsabilité, sauf mauvaise foi.
Face à une réquisition de la police ou de la justice, ne répondez pas dans l’urgence : vérifiez son cadre, puis appelez un avocat ou le service juridique de votre assureur en responsabilité civile professionnelle (assurance RCP).
Secret professionnel et outils numériques
Le secret s’applique aussi à vos outils. Un logiciel en ligne, une messagerie, un service de dictée ou un assistant d’IA qui reçoit des informations sur vos patients devient un tiers : il doit être encadré par un contrat de sous-traitance et, s’il conserve des données de santé, s’appuyer sur un hébergeur certifié. Copier un dossier dans un assistant d’IA grand public, sans contrat, revient à confier ces données à un tiers sans garantie. Préférez des outils qui limitent les accès par rôle et tracent chaque consultation : en cas de doute sur une fuite, c’est le journal qui vous permet de savoir qui a vu quoi.
Les bons réflexes au cabinet
Ce qui protège le secret au quotidien.
Engagement de confidentialité signé par l’assistant, le secrétariat et les stagiaires
Comptes personnels, profils séparés administratif et clinique
Écran tourné hors de la vue des patients, session verrouillée en votre absence
Aucune information de santé au téléphone ou à l’accueil devant d’autres patients
Accord du patient noté au dossier avant tout courrier à un confrère
Messagerie sécurisée ou pièce jointe chiffrée pour les comptes rendus
Note d’honoraires sans motif de consultation
Contrat de sous-traitance avec chaque outil qui reçoit des données patients
Accès retirés le jour du départ d’un remplaçant ou d’un salarié
Sources
Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.
- [1]Code pénal, article 226-13 (atteinte au secret professionnel)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [2]Code pénal, articles 226-13 et 226-14 (exceptions au secret)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [3]Code de la santé publique, article L1110-4 (secret, échange et partage d’informations)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [4]Code de la santé publique, article R1110-2 (professionnels pouvant échanger des informations, dont les ostéopathes)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [5]Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 9 (données de santé)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [6]Référentiel CNIL des cabinets médicaux et paramédicaux (PDF), parties 6 et 10CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [7]Code de la santé publique, article L1111-8 (hébergement de données de santé)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [8]Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 28 (sous-traitant)CNIL · cnil.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [9]Code civil, articles 371 à 371-6 (autorité parentale)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [10]Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978, article 85 (données des personnes décédées)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
Questions fréquentes
Puis-je dire à un parent qu’un patient majeur est venu en séance ?
Non, sans l’accord du patient. Le simple fait de consulter est couvert par le secret, même pour un proche.
Un patient peut-il me délier du secret ?
Il peut vous autoriser à transmettre une information précise à une personne précise, par exemple son médecin. Recueillez cet accord, de préférence par écrit, et limitez la transmission à ce qui est nécessaire.
Puis-je présenter un cas clinique en formation ou sur les réseaux sociaux ?
Seulement si le patient ne peut pas être reconnu, ni par son nom ni par un détail (âge, métier, ville, photo). Au moindre doute, demandez son accord écrit ou renoncez.
Le secret s’applique-t-il entre associés d’un même cabinet ?
Oui. Un associé qui ne participe pas à la prise en charge d’un patient n’a pas à consulter son dossier. Les accès par praticien et le journal d’accès permettent de le vérifier.
Quelle différence entre secret professionnel et RGPD ?
Le secret interdit de révéler une information confiée. Le RGPD encadre tout le traitement des données : collecte, information des patients, sécurité, durée de conservation. Les deux s’appliquent ensemble.