Que demander lors de la consultation d’un nourrisson ?
Le nourrisson ne raconte rien lui-même : toute l’anamnèse passe par les parents, par le carnet de santé s’ils choisissent de le montrer, et par les comptes rendus qu’ils apportent. La première règle de documentation en découle : notez d’où vient chaque information. « Accouchement par ventouse (rapporté par la mère) » et « périmètre crânien 36 cm le 2 mars (carnet de santé) » n’ont pas la même valeur, et la séance suivante doit pouvoir faire la différence.
Les rubriques à couvrir sont celles de la trame d’anamnèse générale, adaptées à l’âge :
- la demande des parents, dans leurs mots ;
- la grossesse et l’accouchement ;
- les mensurations à la naissance et actuelles ;
- l’alimentation et le sommeil ;
- le suivi médical : médecin qui suit l’enfant, examens, traitements prescrits ;
- l’avis médical préalable exigé par le décret pour certains actes avant 6 mois ;
- la personne qui accompagne l’enfant et l’accord des titulaires de l’autorité parentale.
Quelles questions sur la grossesse et l’accouchement ?
Ces éléments ne changent plus : ils se notent une fois, au niveau du dossier, et se complètent si les parents retrouvent un document.
La grossesse
Grossesse simple ou multiple, suivi par une sage-femme ou un médecin, événements notables que les parents souhaitent signaler (hospitalisation, traitement, alitement). Notez ce qui est rapporté, sans le requalifier : vous n’avez pas à établir un diagnostic rétrospectif.
L’accouchement
- le terme à la naissance, en semaines d’aménorrhée comme dans le carnet de santé ;
- la durée du travail, telle que les parents s’en souviennent ;
- le mode d’accouchement : voie basse, césarienne programmée ou en cours de travail ;
- l’usage d’instruments (ventouse, forceps, spatules) ;
- la présentation (tête, siège) si elle est connue ;
- un séjour en néonatologie, et sa durée.
Les mensurations
Poids, taille et périmètre crânien à la naissance, puis les dernières mesures, toujours avec leur date et leur origine. Une mesure sans date ne permet aucune comparaison.
Comment noter la demande, l’alimentation et le sommeil ?
La demande des parents
Écrivez la demande comme les parents la formulent, entre guillemets si besoin, puis ce qu’ils ont déjà fait : avis du médecin qui suit l’enfant, examens réalisés, conseils reçus. Évitez de traduire leur récit en termes médicaux : ce serait poser un diagnostic que le décret ne vous confie pas, et la note perdrait sa fidélité.
L’alimentation
Mode d’alimentation (sein, biberon, mixte), rythme approximatif, changements récents et qui les a conseillés. Si un lait particulier a été prescrit, notez-le comme un traitement, avec le nom du prescripteur.
Le sommeil
Durée des périodes de sommeil, réveils, position de couchage habituelle telle que décrite par les parents. Là encore, la note décrit, elle n’interprète pas.
Les rubriques de l’anamnèse du nourrisson
| Critère | À noter | Source à préciser | Où la ranger |
|---|---|---|---|
| Grossesse | Simple ou multiple, suivi, événements signalés | Parents | Dossier |
| Naissance | Terme en SA, durée du travail, mode d’accouchement, instruments, présentation, néonatologie | Parents, carnet de santé | Dossier |
| Mensurations | Poids, taille, périmètre crânien, avec la date de chaque mesure | Carnet de santé | Séance (mesures du jour), dossier (naissance) |
| Alimentation et sommeil | Mode, rythme, changements récents, couchage | Parents | Séance |
| Suivi médical | Médecin qui suit l’enfant, dernier examen, traitements prescrits, examens réalisés | Parents, comptes rendus | Dossier |
| Avis médical (art. 3) | Date, médecin signataire, ce que le document atteste | Document original ou copie | Documents du dossier |
| Accord parental | Personne présente, sa qualité, accord recueilli, informations données | Déclaration de l’accompagnant | Séance |
Ce qu’il faut noter, d’où vient l’information et où la ranger (documentation uniquement) · Âge : notez l’âge en semaines au jour de la séance. Pour un enfant né prématurément, notez aussi l’âge corrigé si les parents ou le carnet l’indiquent : nous n’avons trouvé aucun texte qui précise lequel des deux retenir pour le seuil de 6 mois du décret.
Le certificat médical est-il obligatoire avant 6 mois ?
Oui, pour certains actes. L’article 3 du décret n° 2007-435 (nouvel onglet) prévoit que l’ostéopathe n’effectue les manipulations du crâne, de la face et du rachis chez le nourrisson de moins de six mois qu’après un diagnostic établi par un médecin attestant l’absence de contre-indication médicale à l’ostéopathie. La même exigence vaut pour les manipulations du rachis cervical, à tout âge. Ces règles ne s’appliquent pas aux médecins ni aux professionnels de santé habilités à réaliser ces actes dans leur propre exercice (art. 3, III).
Le décret ne fixe ni modèle, ni contenu type, ni durée de validité pour ce document : nous n’avons trouvé aucun texte qui le fasse. On l’appelle couramment certificat de non-contre-indication. Pour le dossier, ce qui compte :
- Conservez le document (original ou copie) dans le dossier de l’enfant.
- Notez dans la séance que vous l’avez consulté, avec sa date et le nom du médecin.
- S’il manque, notez-le, ainsi que la décision prise ce jour-là. Que faire ensuite relève de votre jugement ; la trace, elle, protège tout le monde.
Qui doit donner son accord pour soigner un bébé ?
Les titulaires de l’autorité parentale. Le Code civil la définit comme un ensemble de droits et de devoirs qui appartient aux parents pour protéger l’enfant, notamment dans sa santé (art. 371-1 (nouvel onglet)). Lorsque les deux parents l’exercent en commun, chacun est réputé agir avec l’accord de l’autre à l’égard des tiers de bonne foi, mais seulement pour un acte usuel (art. 372-2 (nouvel onglet)).
Selon Service-public.fr (nouvel onglet), l’acte usuel est un acte quotidien, sans gravité, qui n’engage pas l’avenir de l’enfant ; les actes importants demandent l’accord des deux parents, et le tiers ne peut plus agir si l’un des parents l’a informé de son désaccord. La loi ne définit pas l’acte usuel, et nous n’avons trouvé aucun texte qui classe une séance d’ostéopathie dans l’une ou l’autre catégorie.
En pratique, notez :
- qui accompagne l’enfant et sa qualité (mère, père, autre) ;
- si l’autorité parentale est exercée en commun, telle que déclarée ;
- tout désaccord signalé entre les parents : dans ce cas, l’accord écrit des deux est la voie la plus sûre ;
- ce qui a été expliqué (déroulé de la séance, ce qui sera fait et ne sera pas fait, absence de garantie de résultat) et l’accord recueilli, avec la date.
Si l’enfant est amené par une autre personne (grand-parent, assistante maternelle), cette personne n’est pas titulaire de l’autorité parentale : conservez une autorisation écrite d’un parent. Voyez aussi le guide sur l’anamnèse de l’enfant et de l’adolescent.
Que disent la HAS et l’Académie de médecine ?
Plusieurs institutions médicales se sont exprimées sur l’ostéopathie chez le tout-petit. Elles n’ont pas de valeur réglementaire : le cadre légal reste le décret n° 2007-435. Elles comptent pourtant pour la manière dont vous informez les parents, et donc pour ce que vous notez.
- Haute Autorité de santé, février 2020. Dans sa fiche sur la prévention des déformations crâniennes positionnelles (nouvel onglet), la HAS indique que les données scientifiques ne permettent pas de recommander l’ostéopathie ; une approche ostéopathique à orientation pédiatrique peut être associée à la kinésithérapie en deuxième intention, dans une prise en charge pluriprofessionnelle.
- Académie nationale de médecine, 3 décembre 2024. Son communiqué (nouvel onglet) sur l’ostéopathie « viscérale et crânienne » du nouveau-né juge ces pratiques sans fondement scientifique avéré, d’efficacité et de sécurité non démontrées. Il demande une évaluation objective, un renforcement de la formation, une surveillance des effets indésirables, et dénonce la publicité faite en maternité.
- Société française de pédiatrie, 25 avril 2025. Son communiqué (nouvel onglet) se prononce pour contre-indiquer l’ostéopathie chez les nouveau-nés et les nourrissons, en l’absence d’évaluation de l’efficacité.
Ce guide ne prend pas position sur l’indication. Pour le dossier, ces avis ont trois conséquences concrètes : noter l’information donnée aux parents sans promesse de résultat, noter le nom du médecin qui suit l’enfant pour pouvoir l’orienter ou lui écrire (décret, art. 2), et noter tout événement que les parents rapportent après une séance, avec sa date et leurs mots.
Avant de clore la séance d’un nourrisson
Une vérification rapide du dossier, à faire avant que les parents repartent.
L’âge du jour est noté, en semaines
Et l’âge corrigé si l’enfant est né prématurément.
Grossesse et naissance sont renseignées au niveau du dossier
Avec la source de chaque information.
Les mensurations portent une date et une origine
L’avis médical est joint, ou son absence est notée avec la décision prise
Crâne, face et rachis avant 6 mois ; rachis cervical à tout âge.
L’accompagnant, sa qualité et l’accord recueilli sont notés
L’information donnée aux parents est tracée, sans promesse de résultat
Le médecin qui suit l’enfant est identifié
Une éventuelle orientation est notée avec sa date et son motif
Sources
Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.
- [1]Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie (art. 1, 2 et 3)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [2]Code civil, article 371-1 (autorité parentale)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [3]Code civil, article 372-2 (acte usuel et présomption d’accord)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [4]Exercice de l’autorité parentale (fiche F3132, vérifiée le 6 octobre 2025)Service-public.fr · service-public.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [5]Prévention des déformations crâniennes positionnelles et mort inattendue du nourrisson (février 2020)Haute Autorité de santé · has-sante.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [6]L’ostéopathie « viscérale et crânienne » chez le nouveau-né : une pratique qui interroge (communiqué du 3 décembre 2024)Académie nationale de médecine · academie-medecine.fr · consulté le 19 octobre 2026
- [7]Ostéopathie néonatale : de la non-indication à la contre-indication ? (communiqué du 25 avril 2025)Société française de pédiatrie · afpa.org · consulté le 19 octobre 2026
- [8]Code pénal, article 226-13 (secret professionnel)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 19 octobre 2026
Questions fréquentes
À partir de quel âge l’avis médical n’est-il plus exigé ?
Pour le crâne, la face et le rachis, l’exigence propre au nourrisson s’arrête à 6 mois. Pour le rachis cervical, le décret n° 2007-435 exige un diagnostic médical attestant l’absence de contre-indication à tout âge.
Le certificat du médecin a-t-il une durée de validité ?
Nous n’avons trouvé aucun texte qui en fixe une. Notez sa date dans la séance et conservez-le dans le dossier : la question de sa pertinence au jour de la séance relève de votre jugement.
Un seul parent peut-il amener le bébé ?
Le Code civil présume l’accord de l’autre parent pour un acte usuel, sans définir cette notion, et aucun texte trouvé ne classe la séance d’ostéopathie. Notez qui est présent et l’accord recueilli ; en cas de désaccord connu entre les parents, demandez l’accord écrit des deux.
Peut-on demander le carnet de santé ?
Les parents le présentent s’ils le souhaitent. Relevez seulement les informations utiles, avec leur date, plutôt que de copier ou photographier tout le carnet.
Que noter si les parents signalent une réaction après la séance ?
La date, la description dans leurs mots, le délai depuis la séance et ce que vous leur avez conseillé, par exemple consulter le médecin qui suit l’enfant. Cette trace répond aussi à la demande de surveillance des effets indésirables formulée par l’Académie de médecine.